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 Invocation et monologue Djinnique

■ Qui ne s'est jamais perdu dans l'excès de m'as-tu-vu ? ■
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MessageSujet: Invocation et monologue Djinnique   Ven 9 Oct - 23:16


L'Invocation Première de Bartiméus
Exemple de premier contact entre un sorcier et un djinn



La température ambiante chute d’un coup. Une pellicule de glace tapisse les rideaux et forme une croûte épaisse autour du plafonnier. Dans chaque ampoule, le filament incandescent se racornit, de moins en moins brillant, tandis que les bougies plantées dans tous les coins telle une colonie de champignons vénéneux s’éteignent d’un coup. Dans la pénombre de la pièce se répand un nuage de vapeur âcre et jaune aux relents de soufre, où se contorsionnent de vagues formes noires. Loin, très loin, on entend des voix hurler en chœur. Brusquement, une pression s’exerce sur la porte donnant sur le palier ; elle s’arque vers l’intérieur de la pièce dans un grincement de boiseries. Un bruit de pas émis par des pieds invisibles crépite sur le plancher, des bouches également invisibles se mettent à chuchoter des méchancetés derrière le lit et sous le bureau. Puis le nuage de soufre se contracte pour former une épaisse colonne de fumée ; celle-ci sécrète une série de fins tentacules qui lèchent l’air comme des langues avant de se retirer. La colonne reste suspendue au-dessus du pentacle en bouillonnant contre le plafond tel un volcan en éruption. Une pause à peine perceptible, puis deux yeux jaunes au regard fixe se matérialisent au cœur de la fumée. Eh ! C’est la première fois, pour lui… Je tiens à lui flanquer la trouille.

Et c’est réussi. Il se tient debout au centre de son propre pentacle, plus petit et couvert de runes différentes, à quelques pas du pentacle principal. Pâle comme un mort, il claque des dents et tremble comme une feuille par grand vent ; des gouttelettes de transpiration perlent sur son front et se transforment en glace avant de tomber par terre avec un petit bruit cristallin de grêlons. Bon, tout ça est très bien, mais qu’est-ce qu’on fait maintenant ? Parce que ce petit gamin brun, avec ses yeux écarquillés et ses joues creuses, il a [dix] ans à tout casser. Et franchement, flanquer la trouille de sa vie à un gringalet pareil, ce n’est pas tellement excitant. Alors je reste là, suspendu dans les airs, en espérant qu’il ne mettra pas trop longtemps à prononcer la formule de révocation. Histoire de m’occuper un peu, j’envoie des flammèches bleues lécher la bordure intérieure du pentacle, en faisant comme si elles cherchaient à en sortir pour attraper le môme. Naturellement, c’est bidon sur toute la ligne. J’ai vérifié : le sceau est très bien dessiné. Pas le moindre vice de formule… Finalement, le garnement rassemble son courage en vue de prendre la parole. En tout cas c’est ce que je déduis du frémissement de ses lèvres, qui ne semble pas uniquement dû à la peur : il esquisse un vague bégaiement. Je laisse peu à peu s’éteindre le feu bleu, remplacé par une odeur nauséabonde.

Le petit articule d’une voix très, très mal assurée : « Je te somme… de… de… » Allez, accouche ! « … de me d-dire t-ton nom. » C’est souvent comme ça que ça commence, avec les jeunes. Par du bavardage inutile. Il connaît très bien mon nom, et il sait que je le sais ; sinon, comment m’aurait-il invoqué, hein ? Car pour ça, il faut enchaîner des mots et des gestes bien précis, et surtout prononcer le nom exact. C’est vrai, quoi : ça ne peut pas être aussi simple que de héler un taxi ; quand nous on appelle, à l’autre bout, on n’obtient pas n’importe qui. J’opte pour un ton grave, plein de nuances, onctueux comme du chocolat bien noir, le genre de voix qui retentit partout à la fois sans source précise et hérisse les cheveux sur les jeunes nuques inexpérimentées. « BARTIMÉUS. » Le petit s’étrangle visiblement en entendant mon nom. Tant mieux, ça prouve qu’il n’est pas complètement idiot : il sait qui je suis, ou ce que je suis. Il n’ignore pas ma réputation. Il prend le temps de déglutir péniblement, puis reprend : « J-je te somme à n-nouveau de répondre. Es-tu le Bartiméus qui, en des temps anciens, fut invoqué par les magiciens pour relever les remparts de Prague ? » Bon, ce gosse me fait perdre mon temps. Quel autre Bartiméus ça pourrait bien être ? Du coup, je force un peu la note. La glace qui recouvre les ampoules électriques se fendille comme du sucre caramélisé. Derrière les rideaux sales, les carreaux se mettent à miroiter en émettant une vibration. Le gamin a un mouvement de recul. « Je suis Bartiméus ! Je suis Sakhr al-Djinn, N’gorso le tout-puissant, le Serpent à Plumes d’argent ! J’ai reconstruit les remparts d’Uruk, de Karnak et de Prague. Je me suis entretenu avec Salomon. J’ai parcouru les plaines avec les pères buffles. J’ai veillé le Vieux Zimbabwe jusqu’à ce que les pierres s’écroulent et que les chacals dévorent son peuple. Je suis Bartiméus ! Je ne me reconnais point de maître. Aussi je te somme à mon tour, petit. Qui es-tu pour m’invoquer ? » Impressionnant, non ? Et en plus, tout est vrai, ce qui ne gâte rien. Mais je n’ai pas seulement dit ça pour me donner de l’importance. Ce que j’espère, c’est épater le gosse au point qu’il me livre son nom, ce qui me donnera un peu de marge de manœuvre dès qu’il aura le dos tourné.

Malheureusement ça ne marche pas. « Par la contrainte du cercle, les pointes du pentacle et les runes, je suis ton maître ! Tu dois te soumettre à ma volonté ! » Il y a quelque chose d’odieux à entendre cette formule éculée dans la bouche d’un gringalet aussi chétif, avec sa petite voix flûtée, particulièrement ridicule. Je ravale mon envie de lui dire ce que je pense de lui et j’entonne la réponse habituelle, qu’on en finisse. « Quelle est ta volonté ? » Je dois l’avouer, je suis un peu surpris. La plupart des magiciens en herbe jettent d’abord un coup d’œil avant de poser des questions. Ils font du lèche-vitrines, si l’on peut dire, histoire d’évaluer l’étendue de leur pouvoir ; mais ils sont bien trop inquiets pour s’essayer à l’exercer. Il est déjà rare, pour une entité de ma stature, de se faire invoquer par des morveux pareils, mais là… Le môme s’éclaircit la voix. Le moment qu’il attendait est venu. L’aboutissement de tous ses efforts. Il en rêve depuis des années au lieu de fantasmer sur les filles ou les voitures de course en traînassant sur son lit. Je me prépare à recevoir sa pathétique injonction. Je l’imagine déjà. Il s’agit fréquemment de faire léviter un objet quelconque ou de le déplacer d’un bout à l’autre de la pièce. Ou alors, il veut que je matérialise une illusion. Ce qui peut être assez amusant d’ailleurs : il y a forcément moyen d’interpréter sa requête de travers et d’en profiter pour le traumatiser un peu.

« Je te somme d’aller chercher [le bijou] de Samarcande chez Simon Lovelace et de me l’apporter lorsque je t’invoquerai à nouveau, demain matin à l’aube. — Hein ? Quoi ? — Je te somme d’aller chercher… — Oui, ça va, j’ai entendu. » Je n’avais pas l’intention de paraître aussi irascible. Ça m’a échappé, voilà. Du coup, ma voix a un peu perdu de ses intonations sépulcrales. « Alors va ! — Minute ! » Je me sens nauséeux, comme toujours quand ils nous congédient. J’ai l’impression qu’on m’aspire les entrailles par un trou dans le dos. Les magiciens doivent répéter la révocation trois fois pour se débarrasser de nous quand nous n’avons pas envie de tirer notre révérence. C’est rarement nécessaire, mais cette fois, je reste où je suis, sous la forme de deux yeux ardents dans un furieux bouillonnement de fumée malodorante. [...] « Ah là là… » Je prends une voix conciliante, nostalgique. « Nous vivons dans un monde cruel, et on t’a appris bien peu de choses. — Je n’ai pas peur de toi ! Je t’ai fait part de ta mission, maintenant, va, je te l’ordonne ! » La deuxième révocation. J’ai l’impression qu’on me passe les entrailles au rouleau compresseur. Je sens mes contours vaciller. Cet enfant possède un pouvoir certain, en dépit de son jeune âge. « Ce n’est pas de moi que tu dois avoir peur ; du moins pas pour l’instant. Simon Lovelace viendra te régler ton compte en personne quand il verra qu’on lui a volé [cet objet]. Ce n’est pas parce que tu es jeune qu’il va t’épargner. — Tu dois te soumettre à ma volonté.  — C’est vrai. » Il faut reconnaître qu’il est obstiné. Et stupide. Il lève la main. Je devine la première syllabe de l’Étau Systématique. Il s’apprête à me faire souffrir. Je file sans m’embarrasser d’effets spéciaux supplémentaires.

Extrait de L'Amulette de Samarcande par J. Stroud
Djinn Jinxed
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MessageSujet: Invocations et monologue Djinnique   Ven 9 Oct - 23:17


Monologue djinnique
Comment ça, je radote ? Je ne te permets pas, gringalet !



« Il est bien loin le temps où l’Invocation Première nous extirpait de l’Autre Monde pour nous aspirer dans une de ces pentacles aux symboles complexes et écritures anciennes tracées à même le sol d’une des forêts de Brocéliande. Grec, latin, araméen, tchèque, sceau de Salomon, thym, romarin, bougies et encens. Ces vieux fous aux fronts dégarnis et à la barbe argentine venant chatouiller leurs nombrils avaient au moins le mérite, à défaut de style capillaire et ne parlons pas vestimentaire, de posséder un peu de respect pour des entités de ma trempe. Je n’ai pas envie de dire que je connais ces humains singuliers, les sorciers comme ils aiment s’appeler, depuis la nuit des temps, ce serait me donner un âge que je refuse de révéler ; non pas parce que je suis une dame et que la question ne se pose guère, puisque les djinns ne connaissent pas de genre sexué, mais uniquement parce qu’il me faudrait vous relater ma participation à la construction des remparts d’Uruk et de Karnak ou vous expliquer pourquoi l’Atlantide a fini six lieux sous les mers. Notre relation, et par là, comprenez plutôt entente, a toujours été pour le moins particulière. Parmi l’infinie diversité des espèces qui nous composent, cinq échelons fondamentaux permettent de distinguer les créatures employées par les sorciers, remarquez que je déteste ce mot mais il est le plus compréhensible : les marids, les afrits, les djinns, les foliots et les gnomes par ordre de puissance magique décroissante. Viennent ensuite les elfes de maison, fées et différents farfadets rangés au plus bas de l’échelle et parmi les êtres les plus exploités à des fins personnelles, enfin, que devrais-je dire aujourd’hui ? Ces... Est-ce que vous vous sentiriez insultés si j'emploie le mot infâmes ? Je n'aime pas être vulgaire... Ces infâmes ont trouvé le moyen, et ne me demandez pas lequel, imaginez bien que si nous avions compris le procédé, nous n'en serions pas là, ils sont parvenus à nous enfermer dans de vulgaires amulettes par la Mise en Objet. Des colliers, bagues à pierres clinquantes, boîtes à tabac et autres breloques vendus à des mômes qui les transportent constamment sur eux, nous sommant à leur guise. Oui, des gringalets d'à peine dix ans n'apprenant plus que les six verbes latins des paroles de commandements pour nous utiliser à tort et à travers. La tradition se perd, moi je vous le dis. Et après ils s'étonnent que de leur flanquer la trouille de leur vie à la première invocation devienne un sport national parmi les miens... Entre tourments et apparences hideuses, au mieux on les traumatise de cauchemars pour les semaines à suivre, mais parfois, lorsque les peurs sont trop grandes ou parfaitement incarnées par nos soins, il arrive que ces apprentis paniquent et commettent des erreurs. Croyez-moi, que si autrefois les djinns cherchaient la moindre faute de traçage, le plus petit vice de formule ou la bougie mal placée, aujourd'hui, avec cette nouvelle forme de soumission qui ne nous sied guère, nous guettons le faux pas, trouverons leur prénom de naissance s'il le faut pour leur nuire mais il y a de grandes chances que ceux qu'ils se plaisent tant à forcer à la servitude par mesure de protection (mon œil oui...) se retournent contre leurs "maîtres". Peut-être même qu'on réussira à reprendre le pouvoir les griffes dans le nez. Je dis ça, je ne dis rien. »
Djinn Jinxed


Dernière édition par Beauxbâtons le Dim 4 Déc - 14:38, édité 1 fois
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