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 [Lambert] Elle fait des bulles de savon telle une anzyme chassant le spleen

- Contre nous de la tyrannie, la baguette sanglante est levée -
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T. Lambert de Clermont
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MessageSujet: [Lambert] Elle fait des bulles de savon telle une anzyme chassant le spleen   Sam 10 Oct - 3:38


Thomas Lambert de Clermont
feat. Boyd Holbrook

Nom: Pompeuse à souhait, la noblesse de ses origines s'est tatouée sur son front sans qu'il n'ait eu le temps de protester : de Clermont-Tonnerre. Alors qu'il y a encore un an, son patronyme n'était que le maigre héritage d'une grandeur passée, titre poussiéreux caché dans un grenier, la médaille a été ressortie, frottée avec soin, pour qu'elle brille de nouveau fièrement sur le fronton de leur domaine. Prénom de naissance: Thomas, un prénom dont il n'eut jamais connaissance, ses parents craignant qu'il lâche un jour le morceau. Eux-mêmes ont fini par l'oublier, le nommant très rapidement Lambert quelques jours déjà après sa naissance. Prénom d'usage: Prénom d'origine germanique, Lambert mélange la terre (land) à la brillance (bert) comme tout noble qui se respecte. Le bien nommé apprécie néanmoins son prénom qu'il trouve simple et moins victorieux qu'un César ou qu'un Crassus. Généalogie: Ancienne famille noble, les de Clermont-Tonnerre sont passés de seigneurs locaux à amis du souverain au XVe siècle, ce que les parents du jeune homme ne manquent pas de lui rappeler. Ducs de Nevers et seigneurs des alentours, il ne leur fallut que la Révolution et la confiscation de leurs biens pour qu'ils perdent leur fierté muée en vengeance. Avec patience, ils reconstruisirent au XIXe siècle un semblant de royaume, rachetant pièce par pièce les éléments perdus d'un prestige antique. La noblesse coule dans leur sang et il est hors de question qu'elle tarisse un jour ! Ils se sont bien trop battus pour elle ! Nationalité: Tant que le sang restât noble et pur, les de Clermont-Tonnerre n'hésitèrent pas à se lier à d'autres familles, même étrangères. Ils sont cependant français et possèdent des terres dans la partie ouest de la Bourgogne. Lieu et date de naissance: Lambert est né le 14 janvier 1948 aux hospices Beaumarchais de Paris après un accouchement difficile selon ses parents. Statut: Il est célibataire même s'il sait qu'il devra un jour se plier au dur devoir de mari. Non pas que l'amour ne l'intéresse pas, son romantisme inné lui en ferait écrire des parchemins, mais il rechigne à épouser une femme qu'il n'aimera pas, ou pire, qui ne l'aimera pas. En 1970, les moldus se sont libérés pour accepter leurs sentiments. Pourquoi pas eux ? Pourquoi pas lui ? Etudes/Profession: Cette année, il entre en BRIO dans la filière des Pratiques Scientifiques, des études qu'il affectionne particulièrement, notamment l'arithmancie. Il souhaiterait par la suite continuer ses recherches mathématiques étant encore incapable de s'ancrer dans le monde qui l'entoure et d'accepter le titre et les devoirs de son rôle d'héritier. Baguette magique: Après son passage chez Hortensius Boisjoli, Lambert de Clermont est sorti avec un baguette en bois de charme possédant une écaille de sirène. Celle-ci mesure 32cm et, bien que peu souple, réalise à la perfection des sortilèges raffinés. C'est une très bonne arme de combat donc le pommeau en métal finement travaillé rajoute une touche de noblesse qui rappelle tant le titre seigneurial de son détenteur.

Allégories réflexives:

► Quelle est votre opinion sur la restauration de la Monarchie Sorcière ? Si Lambert se soumet à beaucoup de choses, il ne plie pas l'échine devant cette réplique d'un régime intrinsèquement injuste. Avec le temps, le jeune homme a appris à aimer la République, à la trouver belle, aussi belle presque qu'une femme pour laquelle il faisait bon se battre. Malgré sa fragilité et sa complexité, elle éclaboussait d'espoir son visage parfois triste pour lui dérober enfin ses sourires. Depuis quelques jours, elle a disparu, remplacée par cette chose que seuls les siens, son père, rêvait de voir revenir : la Royauté. Malgré les promesses d'un gouvernement pataud déplacé à Versailles, il n'arrive pas à le croire, il n'arrive pas accepter. La République doit être retrouvée et il est prêt à tout faire pour trancher la tête de ce régime illégitime. La Révolution verra le jour, comme chez les moldus il y a deux siècles de cela.

► La Mise en Objet des Djinns a donné lieu à un virulent débat centré autour des notions d'esclavagisme, de liberté, de droit des créatures ou encore de la protection magique. Que pensez-vous à ce propos ?
Avec le Retour de la Monarchie, les choses ne pouvaient aller qu'en empirant. Lambert n'a néanmoins pas pu faire autrement, donnant la dague d'un grand père hautain et absent pour seul artefact. Certes, il dispose d'un pouvoir sur Hypsenor qui a tendance à n'en fait parfois qu'à sa tête, mais le confort de l'avoir près de lui malgré l'amertume de son djinn lui rappelle étrangement quelque chose : un caprice, un caprice de plus, qu'il ne peut supporter et auquel il ne peut véritablement pas se soumettre. En règle général, il le laisse donc souvent hors de l'objet, ne le récupérant que lorsque la fatigue de son compagnon se fait ressentir. L'entité a bien lui en vouloir encore et toujours, Lambert ne peut faire autrement.

► Pouvez-vous envisager que le sang puisse un jour devenir plus important que le rang sur le sol français ?
Le sang, dans la famille de Lambert, est déjà une affaire d’État. Il craint néanmoins, effectivement, que cela se généralise et que le peuple français ne soit plus qu'un archipel désorganisé d'îlots et de groupes déliés. Lui qui est favorable à l'ouverture des mœurs et à l'acceptation de chacun aperçoit déjà l'épais nuage de la pureté poindre sans qu'il puisse rien y faire et ça le débecte, sérieusement. En tout cas, ce ne sera pas avec lui, ses fréquentations amicales douteuses et ses anciennes amours déçues que le gouvernement et la société réussiront à imposer quoi que ce soit. Il s'interdit de céder à des mœurs qui ne sont pas correctes mais qui pourraient bien le devenir. Une autre Révolution à mener selon lui.

Personnalité:

Sociable - Sage - Travailleur - Modeste - Passionné - Républicain - Pragmatique - Droit - Fidèle - Sensible - Soucieux du bien-être des autres
Si, de prime abord, Lambert peut paraître lointain et solitaire, le jeune homme sait se montrer sociable et amusé. Il apprécie la conversation que pourrait avoir ses amis, les écoute avec grande attention et rigole lorsque vient le moment de rire. Il n'est pas non plus maladroit et même plutôt assuré, conscient d'être à l'aise dans des mocassins cirés. Parce qu'introverti ne veut pas dire timide et une fois qu'on le connaît, on sait qu'il peut devenir un véritable moulin à parole. Pas pour blaguer, non, ou sinon pas beaucoup. Très cultivé, il aime les conversations intéressantes et s'abaissent rarement à dire des banalités. Bien sûr, il ne juge pas ses pairs, il ne s'en sent pas la grandeur, mais il sait que c'est une chose qui lui convient assez peu. Il ne se mêle d'ailleurs pas aux moqueries ou aux lynchages, se disant plus ouvert d'esprit que certains étudiants de la haute. En règle général, il serait du genre à protéger la veuve et l'orphelin, soulevé très jeune par cette différence trop radicale que sa famille pouvait faire entre elle et les autres sorciers. La pureté, à tout prix, être au sommet et ne laisser personne d'autre y parvenir : un bien beau programme pour le connard qu'il n'est pas. Il renie avec plaisir les préceptes égocentriques qu'on a pu lui enseigner pendant l'enfance.
Parce que si Lambert possède une culture, c'est grâce aux nombreux livres qu'il a lu durant son enfance. Garçon prématuré, il se passionne pour la bibliothèque ancienne du paternel et découvre des vérités que même son père renie. S'il fut un instant sensible aux protestations de son supérieur, il a fini par ne plus en tenir compte, se forgeant lui-même sa propre interprétation du monde. Il se perd également dans la littérature moldues, notamment les poètes comme Victor Hugo ou Guillaume Apollinaire. Des livres, il en a par centaines, qui jonchent le sol de sa chambrée sans qu'il cède aux remarques de ses colocataires. Il découvre très jeune aussi l'arithmancie et l'astronomie, la poésie de l'univers, donc, écrite dans un langage complexe mais tellement beau à regarder. Si l'étude de ces deux disciplines lui paraissait impossible, il y a mis toute sa passion, cédant rarement à la fatigue pour continuer à en apprécier les saveurs. C'est une lubie qui le ronge depuis quatre ans et qui devient, malgré, son moteur de vie. Il croît en la logique du monde et en la petitesse de l'homme. Comme pourrait-il un jour provoquer un seul impact, fissurer une brèche aussi épaisse qu'un mur de pierre ?
Grâce à toutes ses théories sur l'homme et l'humanité, Lambert essaie du mieux qu'il peut d'être un homme droit et fidèle, noble selon le sens premier du mot. De sa démarche mesurée, les mains jointes dans le dos, sa prestance naturelle lui vaut quelques sourires respectueux qu'il mérite de par son bon comportement. Il essaie d'être fidèle à son mode de penser et de ne pas voir son chemin dévié par des caprices. Caprices : une chose qu'on lui a reproché une fois de faire et que son père fait continuellement en abusant d'un sang qu'il juge plus noble que les autres. Il refuse d'être ce père, refuse de négliger ses tiers pour quelques gouttes d'hémoglobine. Sa droiture n'est donc pas celle de son rang mais celle d'un cœur et d'un cerveau qui ont emmagasiné des informations qui ne collent pas nécessairement avec la réalité.
Parce que s'il devait y avoir un organe qu'il ne jetterait pas, après le cerveau, bien sûr, c'est bien le cœur. Bien que ce dernier lui joue parfois des tours en battant trop fort dans des situations gênante -un rien peut l'effrayer et lui provoquer un tachycardie- il lui obéit au doigt et à l'oeil, conscient qu'il doit forcément dire la vérité. S'il déteste fonctionner à l'instinct, il doit bien accepter le fait que le hasard ne se mesure pas et qu'il y a des choses qu'il faut accepter, comme l'Amour. Autant de choses néanmoins qui mérite de longues années de réflexion et d'assurance, ce qu'il ne possède pas. Ce n'est pas à lui de décider, d'être capricieux, c'est à la vie de le mener là où il doit être amené.
Malheureusement, tout s'est brisé avec le retour de la Monarchie. Ses idéaux égalitaires sont partis en fumée, tout comme ses espoirs de voir un jour le destin le guider vers celle qu'il aime. Fichu destin, fichu monde qui se croît malin à tourner à contre-sens de sa logique personnelle. Il compte alors reprendre les commandes, remonter la pendule divine et agir selon ses conditions, quitte à perdre les quelques principes dont il s'était nourri depuis l'enfance, quitte à foncer dans le mur de pierre malgré sa maigre condition d'humain. La sensibilité n'est que la mèche mèche mais il compte bien tout consumer par passion. Par caprice alors ? Voilà l'éternelle notion qui le travaille.

Genie in a bottle: Hypsenor

Hypsenor est l'entité qui suivit Moïse traverser les eaux et le désert il y a plus plusieurs millénaires. C'est aussi un guerrier, l'un des plus grands qui, appelé par Salah-ad-Dîn, prince arabe du XIIIe siècle, bouta les chrétiens hors de Jérusalem dans un combat sanglant dont même les vaincus admirent la défaite. On loue souvent l'efficacité de l'arme du soldat mais Hypsenor fut durant tout le combat la lame, l'âme, de l'épée sanguinaire. Si les sorciers se méfient souvent de leur compagnon de route, il n'y eut pas plus belle entente entre l'Ayyoubide et le Djinn qui se respectaient mutuellement malgré le mépris habituel que peut ressentir une entité vis-à-vis de son maître. Pour cela, et en mémoire de ce temps glorieux, Hypsenor apparaît majoritairement en monstre ensablé à la bouche béante et aux orbites vides d'yeux. Ses mains sont alors grands plateaux puissants desquels coulent éternellement les grains de sable d'un désert lointain. Ce qui est pratique avec une telle forme, c'est qu'il est flexible et que sa taille varie en fonction de l'agencement du lieu, des personnes rencontrées et de son humeur. S'il se traîne principalement telle une limace sur le sol de l'établissement, il tâche à ne laisser aucun poussière et à soulever ses jupons de dune notamment en présence de la directrice. Il s'accorde parfois le port de jambes lorsque les voyages sont longs et rapides. Sinon, lorsqu'il se lasse d'apeurer les personnes qu'il pourrait croiser, il se mue en  chacal et sa voix se fait moins rocailleuse bien qu'aussi grave.
Lorsque Lambert se confronta à son djinn lors de sa première invocation, il n'en crut pas ses yeux. Pourquoi avait-il fait appel à cette entité visiblement impressionnante, véritable arène dévorante qui l'aspirerait en un tour de bras ? Il avait entendu des légendes à son propos mais ne s'était jamais attendu à ce qu'elles soient vraies. Tout en lui suinter l'Histoire, les batailles médiévales et le mystique, et lui se retrouvait là, homme de chair, plus fragile qu'un agneau, à s'improviser maître. Hypsenor, de son côté, soupira de déception devant se gringalet dont la tunique immaculée des premiers siècles tremblait contre son corps chétif. Si les premiers contacts furent d'abord difficiles, l'un craignant de parler alors que l'autre aurait volontiers été posé à sa fenêtre en train de fumer la pipe, ils apprirent à se respecter plus ou moins mutuellement, le djinn  étant presque étonné des décisions que prenaient son petit bonhomme. Il paraissait pourtant si jeune et si timide. Comment faisait-il pour disposer d'autant d'idées et de courage face à une famille visiblement stricte ? Comment réussissait-il à outrepasser les obligations de son sang et à regarder les autres personnes, impurs ou roturières qu'il pouvait rencontrer dans l'établissement ? Si Hypsenor ne comprend pas vraiment les humains, il s'amuse souvent à s'imaginer anthropologue ou sociologue. Son petit bout d'homme l'intrigue donc profondément et l'amuse même parfois alors que Lambert se croit capable de porter le monde sur ses épaules.
Parce que, qu'on se le dise, Hypsenor n'est pas de ces entités bruyantes et têtue. Non, il se plie à son sort presque docilement, conscient qu'après tout, quatre-vingt ans au service d'un être de chair, c'est presque court pour un esprit éternel. Il reste donc souvent de côté, soupire parfois en entendant les décisions futures de son petit bonhomme et se lie très difficilement aux autres djinns qu'il juge trop faible pour lui. Il se fait parfois la voix de la raison et, allongé sur le lit de son sorcier, s'amuse à lui dire ce qu'il faut ou ne faut pas faire en triturant le tissu marine des draps. Lambert s'est laissé prendre une fois mais se contente aujourd'hui de simplement hocher la tête, conscient que l'entité ment parfois, voire souvent. Hypsenor se veut aussi moralisateur et n'hésite pas à accuser son maître des erreurs éthiques qu'il peut commettre, ce qui marche souvent pour le culpabiliser. Il n'y est d'ailleurs pas allé de main-morte lorsqu'ils ont appris ensemble la nécessité pour chaque sorcier d'enfermer leur camarade dans un objet. Un « Ah ba c'est nouveau, ça ! » moqueur et acide avait résonné entre les poutres de la chambre, faisant soupire de peine le petit sorcier. Le djinn s'en était ensuite allé pour réfléchir, Lambert se trouvant contraint de l'appeler trois fois, ce qu'il n'avait jamais fait pour le récupérer. Hypsenor avait finalement exigé un objet de valeur, non l'un de ces bracelets féminins ou un gadget en plastique. Son maître se chargea ainsi de l'attacher à une dague, finement travaillée et ornée, peu pratique néanmoins à porter, un souvenir de famille que ses ancêtres, des chevalier tout comme son Salah-ad-Dîn, avaient porté lors des combats. Une bien maigre récompense pour une entité plus ancienne que le métier de forgeron.

Pseudo: SURICATE. Age: vingt-trois ans le 23 octobre Où avez-vu connu DJ? J'ai un peu contribué à son élaboration. Autres comptes? Not yet... Une remarque ? Le forum est magnifique et y a tout plein de choses à lire, c'est trop bien ! Un mot pour la fin ? Et sous ta caresse, je sens une ivresse qui m'anéantit

Djinn Jinxed


Dernière édition par T. Lambert de Clermont le Mer 14 Oct - 13:57, édité 17 fois
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MessageSujet: Re: [Lambert] Elle fait des bulles de savon telle une anzyme chassant le spleen   Sam 10 Oct - 3:40


Sonder les âmes alentours
il dit "tout le monde est comme les autres"


Les flocons s’égrainaient dans un ciel aussi blanc que du coton, glaçant les vitres d'un souffle fortement mentholé. Ils tombaient, danseurs égarés qui continuaient malgré la brise fraîche à valser  tous ensemble dans un silence apaisant. Et puis, trop lourds sûrement, ils s'écrasaient violemment sur le rebord de sa fenêtre, les branches s'accrochant parfois à sa vitre comme pour demander de l'aide. Des cadavres, avec pour seul linceul les corps de leurs partenaires. Des monceaux d'inertes que les yeux bleus ennuyés du garçon regardaient s'entasser à quelques centimètres de son nez enseveli sous des avants-bras protégés de grosses manches en laine couleur sapin. S'il avait pu sortir, peut-être qu'il aurait réussi à les sauver, les lançant en l'air pour leur redonner un semblant de vie ? Peut-être aussi qu'il se serait allongé parmi eux, volant à terre, ailé des bras célestes qu'il aurait dessinés sur la pelouse blanchie ? Dans cette farandole de grains de ciel, il s'imaginait tourbillonner avec eux, danser gaiement en tournant sur une jambe, les bras tendus et riant aux éclats d'une magie nouvelle. Mais non. Il était coincé là, entre la chaleur d'une cheminée et une bibliothèque en noyer dont il ne pouvait même pas encore lire les symboles de ses grimoires. Il rêvait d'ailleurs, après le souhait de sortir jouer dans la neige, de savoir déchiffrer ces lettres remplies d'histoires et de féeries. A trois ans, son père avait néanmoins décrété qu'il était trop tôt, qu'il n'y arriverait pas. La vie était injuste parfois. « Lambert-chéri ? Descends, ton grand-père arrive. » Une voix, féminine et douce, l'avait sorti de sa torpeur et les paupières du garçon s'étaient agrandies exagérément pour révéler des billes plus claires qu'un ciel éthéré. D'un seul coup, ses chaussettes chauffantes avaient bondi du fauteuil sur lequel il s'était dressé et l'avaient conduit, trottinant joyeusement, vers la longue robe noire de Jérômine de Clermont-Tonnerre qui portait à merveille le nom de son mari grâce à un maintien plus noble que celui d'une duchesse. « Maman, tu crois que... ? » « Qu'est-ce que tu as encore fait à ton polo ? » L'air faussement vexée, la belle dame s'était courbée après avoir sorti d'une main couverte de délicatesse sa baguette fine en bois de cerisier et avait fait disparaître la tâche grâce à un sortilège informulé, coupant sans ménagement l'enfant. Une fois redressée et la main tenant la menotte de Lambert, celui-ci réitéra son propos, plus fort, la voix gazouillant cependant comme celle d'un moineau « Tu crois qu'il restera pour la galette des rois ? » « Je ne sais pas, Lambert-chéri. Tu sais, c'est un homme occupé, ton grand-père ! » « Et papa ? » Un soupir serait sa seule réponse. Ils mangeraient son gâteau d'anniversaire à deux, donc.
La fête battait son plein alors que les assiettes se vidaient sur une table drapée d'une nappe bleu pétrole. Lambert en bout, il regardait d'un regard curieux cette foule qui s'était pressée pour le voir sans pour autant lui adresser la parole. Des « tiens-toi droit, mon chéri » « c'est bon, Lambert ? » ou encore des « alors, on devient un grand garçon ? » avaient bien fusé mais aucun des adultes présents n'avaient fait l'effort d'écouter ses réponses. Bien qu'il ait appris tard à sortir ses premiers mots, ce n'était pas une raison pour qu'on se lasse d'entendre les suivants ! Certains parlaient fort à la tablée. C'était le cas de Félix d'Albon qui n'avait pas pour réputation d'être discret. D'autres murmuraient pour parler de secrets d’État ou en tout cas de choses de grande importance. Enfin, les femmes discutaient entre elles, les yeux rivaient sur la nouvelle de Béziade qui, d'après ce qu'il avait compris, commençait enfin à faire ses dents. Qu'est-ce qu'il aurait voulu leur crier qu'une des siennes bougeait déjà ! « Et toi, Lambert, tu feras quoi, quand tu seras grand ? » ...Pardon ? Son regard s'était détaché du bébé pour se poser sur Timothée de Vienne dont les yeux pétillaient de champagne. Il n'avait que dix ans, palsambleu, et on s'autorisait déjà à lui poser ce genre de question ? C'était insensé ! Devant le regard vide de l'enfant, l'adulte avait continué d'insister, les lèvres frémissant un peu plus d'un sourire embué d'alcool. « Faire comme papa, sûrement ? Tu sais, avoir une belle demeure, un beau jardin dans lequel on peut courir, de belle nappe en coton et une certaine renommée. Tu sais, beaucoup d'adultes n'ont pas ça. C'est une chance ! » Aussi muet qu'une carpe, l'enfant avait laissé reposer quelques secondes avant de lancer d'une petite voix innocente mais convaincue : « Moi, je ne grandirai jamais. Et je ne serai pas un adulte ! » D'un coup, le regard noir de sa mère avait viré vers lui, bientôt supplanté par le rire tonitruant de Tristan de Clermont. « Voilà un enfant qui a du caractère. Ma chère bru, il va falloir que vous l'éduquiez correctement pour qu'il tienne un peu plus sa langue ! » Le rire avait continué et s'était vu rejoindre par ceux des convives. Lambert, lui, n'avait observé que les sourcils froncés de Jérômine et la nappe bleu pétrole sur laquelle il avait baissé, penaud, son regard argenté.


La mauvaise herbe que l'on jugeait mal élevée avait fini par s'embellir pour donner un bourgeon aussi mignon que vif. A neuf ans, l'enfant s'était redressé, avait relevé le menton et marchait à présent d'un pas assuré et noble. Les mains dans le dos plutôt que dans les poches, il récitait ainsi les préceptes qu'on lui avait inculqués aux côté d'une mère dont l'amour avait été la meilleure source de motivation. Il avait fini par apprendre à lire et par se plonger dans les épais grimoires aux pages brunies par le temps qui se trouvaient dans la bibliothèque, symboles dorénavant familiers dont le déchiffrage devenait son principal loisir. Escrimeur passable, son professeur ne s'armait désormais plus de patience pour lui faire cours, l'enfant acceptant sans rechigner le sang bleu qui coulait dans ses veines. « Qu'est-ce que tu voudrais pour ton anniversaire, Lambert-chéri ? » Assis sous le saule pleureur qui protégeait d'une flaque d'ombre les fils et la mère, Jérômine ferma délicatement le lourd volume qu'elle avait entre les doigts pour déposer sur ses lèvres un léger sourire carmin. Lambert, les chaussures ballant l'air -vieille manie qu'on n'avait pas encore réussi à lui ôter- resta coi, fronçant exagérément les sourcils comme on lui avait appris à exprimer ses émotions. Un télescope ? L'initiation à l'arithmancie qu'il avait cru voir en librairie ? Le petit chat tigré et maigre qui venait se frotter à ses chevilles lorsqu'il se risquait à jouer dans les bosquets ? « Je ne sais pas, Maman, quel cadeau serait le plus digne ? » Le sourire de Jérômine s'agrandit un peu plus alors qu'elle passait une main affectueuse dans la frange dorée de l'enfant. « Choisis ce que tu désires ».
« Un...ballon de football ? » Les émotions de Donatien oscillaient entre stupeur et colère alors qu'il tendait devant ses lunettes aux verres circulaires l'objet du délit. « C'est pour jouer dans la cour intérieure, Papa » « Pour Jou...écoute-moi bien Lambert, un enfant de ton rang et surtout de ton sang, ne joue pas avec ce type de...balle. Il joue au tennis, ou au Quidditch, au pire, mais pas à un jeu moldu. D'ailleurs, d'où il connaît ça, le football » « Je l'ai lu. Ils en parlent dans un de tes livres ». un long soupir visiblement désespéré répondit à son explication suivi par la suite d'une injonction de retourner dans sa chambre. Après un regard inquiet à sa mère, l'enfant monta alors pour finalement s'asseoir aux dernières marches et se blottirent contre les barreaux de la cage d'escalier. « Et tu ne pouvais pas refuser son caprice ? » « Je lui avais promis, Donatien, qu'est-ce que j'aurais du faire, à ton avis ? C'est ce qu'il désirait » La voix de sa mère, loin d'être plaintive, essayait d'apaiser l'homme qui faisait les cent pas dans le living-room, la balle toujours coincée entre ses paumes. « Refuser ? Mentir ? Il n'a pas à avoir ce qu'il désire, ça ne marche pas ainsi. Est-ce que nous avons choisi, nous ? » « Les temps changent, Donatien » « Pas dans cette maison et il vaudrait mieux que cela entre aussi bien dans sa tête que dans la tienne ». Eclair de lucidité en apercevant ce doux visage se cirer horriblement de stupeur, Après un hoquet de surprise, Lambert fila dans sa chambre, conscient d'une certaine manière que les caprices, s'ils le satisfaisaient, chargeaient les frêles épaules des personnes qu'il aimait.

Vêtu d'une modeste tunique de lin blanc que les de Clermont-Tonnerre se faisaient passer à chaque invocation première, Lambert se tenait là, au milieu du sous-sol familial, les pieds nus frissonnant de ne porter aucune chaussure. Autour de lui, les lignes éternelles gravées dans le granit formaient un symbole effrayant et mystérieux retenu dans un cercle étroit qu'il avait cependant vu défiler devant ses rétines de nombreuses fois au fil de ses lectures. Plus loin, en ronde également, les proches parents du blason ancestrale serraient les rangs, vêtus, eux, de leurs habits du dimanche.Sa cadette était là également et il ne put s'empêcher que ça la traumatiserait sûrement de voir le sous-sol trembler. Peut-être que lui aussi, après tout. Et peut-être qu'il serait incapable de continuer son invocation. Lambert ? Echouer ? Il faudrait qu'il perde la tête pour ça ! Alors que le silence s'installait, ses paupières se fermèrent et plus aucune pensée ne traversa son cerveau à part les quelques phrases de langues inconnues qui, difficilement, commencèrent à sortir de ses lèvres frémissantes. Rester concentrer, ressortir ce qu'il avait déjà récité plusieurs centaines de fois les yeux rivés sur son grimoire. Le copte, le grec, le latin, l'araméen, le tchèque, autant de syllabes inconnues, de roulements de « r » étrangers et d'accents que le français ne comprenait pas. S'il survivait à cette épreuve, il pourrait mourir heureux ! Alors que les mots résonnaient contre les hautes poutres du sous-sol, le froid gela un peu plus son corps frissonnant et serra d'avantage ses dents. La porte du fond se mit à battre et une inspiration générale, surprise sûrement par les bruits et la poussière qui commençaient à envahir les lieux, se fit entendre, le forçant à ouvrir les yeux alors que se terminait son invocation. Bouche entrouverte. Mains qui tremblent. Regard perdu dans le monstre de sable qui se dressait devant lui. Hypsenor, génie de Salah-ad-Dîn qui avait détruit toutes les armées chrétiennes les unes après les autres sans leur accorder la moindre merci. Comment accepterait-il un jour de se soumettre à sa si petite personne ? Il pouvait bien se l'avouer : A 10 ans, il avait eu à faire à sa plus grande frayeur.


« Lambert, Je crois qu'une fille en pince pour toi ! » L'intéressé, après un regard surpris à Léonardo Grimaldi, tourna un instant la tête de son assiette pour croiser de brèves secondes les yeux clairs d'une brume qui s'empourpra instantanément. « Bah dis-donc ! On peut dire que tu viens de la faire craquer comme une allumette ! » Ah oui ? L'adolescent ne savait pas et sentit ses joues rosir face à la remarque. A seulement seize ans, les grandes histoires qu'il avait connues étaient celles des chiffres et des étoiles, amour mathématique mais tristement platonique. Lui qui avait suivi les cours d'un instituteur sévère se voyait à présent jeté dans une arène de tigres dont il fallait apprendre les lois, lois que connaissaient par cœur, visiblement, son meilleur ami. « Mais...qu'est-ce que j'ai fait ? » « Arrête de faire l'innocent. Une belle gueule comme la tienne, on ne peut pas la manquer ! ». Un sourire surpris se dessina sur le galbe fin de ses lèvres alors qu'il laissa ses doigts replacer en arrière la mèche rebelle de ses cheveux un peu plus longs. Il ne pouvait néanmoins le nier. Alors qu'il avait observé les transformations de son corps d'un regard de scientifique, ses yeux avaient croisé leur reflet et s'étaient trouvés beaux. De plus, les billes dévoreuses des jeunes filles commençaient à emplir son cœur d'une charmante fierté qu'il contenait difficilement derrière un air volontairement m'en-foutiste. D'après Léonardo, c'était jouer les pucelles de ne pas vouloir se mouiller. Lambert s'en fichait. Jusqu'à ce jour.
Ses phalanges fines, semblables à celles d'une femme, caressaient cet abdomen dénudé au doux parfum de vanille alors que ses lèvres se posaient encore, pour la centième fois au moins, dans le creux de son cou. Clémentine avait été la première, celle qu'il avait retrouvée quelques mercredis après-midi à l'auberge des Dupuy. Elle avait les traits exagérément fins, plis légers qui menaçaient de craquer après de simples sourires. Dans ces moments-là, il dégageait les quelques mèches brunes de son visage pour pouvoir l'admirer un peu plus et embrasser tendrement l'esquisse de ses lèvres. Elle était magnifique, l'une des plus belles de son année qui, malgré sa perfection, brûlait malheureusement du vice de ne pas être noble. « Pourquoi moi, Lambert ? » Lui demandait-elle parfois, l'enfermant dans une profonde tristesse. Que pouvait-il bien répondre à part la vérité qu'elle connaissait déjà ? Un parfum étourdissant, une peau de porcelaine, des cheveux de jais, des mains à la peau aussi douce que la soie d'un gant. « C'est comme ça...je t'aime. » Les yeux de Clémentine se mettaient alors à briller d'une lueur folle et elle insistait pour qu'il répète ces trois mots, encore et encore, malgré la vie qui se jouait d'eux et qui les empêcherait sûrement de continuer cette histoire incongrue pour un garçon de son rang. Au bout d'un moment, elle les répétait également, empruntant néanmoins le ton du désespoir comme pour formuler des adieux.
L'histoire n'était pas destinée à durer et le jeune homme ne le comprit que lorsqu'il entreprit de présenter Clémentine à ses deux meilleurs amis. Alors qu'elle avait laissé les corbeaux de sa tête s'envoler jusqu'au creux de ses reins, elle lui était apparue divine dans cet uniforme aux tons beiges. Beaucoup moins visiblement pour les deux êtres qui se dressaient face à lui, observant leurs mains entrelacées d'un regard plus que surpris. Leur conversation dans l'Atrium avait été bon enfant, assurément, mais quelques signes discrets firent comprendre à Lambert que sa nouvelle passion ne remportait pas l'unanimité. Il suffisait de voir les regards vitreux que lui jetait Léonardo en essayant d'en apprendre d'avantage sur les pratiques sexuelles de son meilleur ami pour comprendre que leur histoire ne serait qu'un jeu auquel le noble se lasserait progressivement. Perle, quant à elle, ne pipait mot, et sa frange couleur blé cachait sans qu'il puisse se tromper un regard lointain posé néanmoins sur leurs deux mains. Si le geste était loin d'être déplacé, Lambert ne put s'empêcher de s'en défaire, le cœur brûlant d'une honte innommable qu'il détesta ressentir. Il possédait auprès de lui la seule fille pour qui son cœur n'avait jamais battu si fort, et pourtant ses yeux ne pouvaient se détacher de cette silhouette immobile qui brisait sans le vouloir les quelques bribes de bonheur qu'il avait crues emmagasiner au cours des dernières semaines.
Quelques jours plus tard, il en était fini de Clémentine et, bien que Léonardo ait considéré cette rupture comme l'opportunité de remonter en selle, Lambert prit son temps pour apprendre à ne rien ressentir. La prochaine fois, il jouerait comme le monégasque et ne s'attacherait pas à en prostituer des sentiments qu'il savait nobles. Il apprécierait la compagnie de nouvelles filles en patientant posément, l'air de rien, profitant de leur présence pour ne plus y penser. Pour attendre quoi ? Elle bien sûr, et ses grands yeux bruns qui se dessinaient derrière sa frange dorée. Il se donnait le temps d'être certain, d'être digne, et de ne pas gâcher une amitié qu'il était capable d'assassiner d'un trait lancé imprudemment, déclaration malhabile et destructrice.  


Le soleil n'avait pas encore rangé ses derniers rayons que déjà Lambert voyait se dessiner la palette tant appréciée de couleurs vives se déployer devant ses iris éclaircies par la lumière. Du pourpre à l'or en passant par l'ocre et l'oranger, s'il avait été artiste, peut-être qu'il se serait amusé à capturer le moment. Mais artiste il n'était point, même par loisir. Qu'on lui demande de dessiner un mouton ou un palais, le résultat aurait été le même, un enchaînement de traits sans forme ou de figures sans nom. Il n'était pas fait pour créer, non, la Nature le faisait très bien pour lui. Pour ce qui était de reproduire, il était convaincu qu'un homme ne pourrait de toute manière jamais faire mieux que l’œuvre imaginée par les dieux. Ses yeux se contentaient donc d'observer, de retenir au fond de son cerveau la perfection d'une image pour la ressasser éternellement jusqu'à trouver le moment somptueux. Assis seul sur l'un des balcons de l'aile de la Méridienne, Lambert humait le silence et appréciait la fraîcheur qui lui mordait furieusement l'épiderme. Il avait néanmoins pris soin de se munir, pour son escapade solitaire, d'un épais plaid brun et duveteux dans lequel il s'était réchauffé, bras et jambes repliés, pour s'essayer chenille.
« Je savais que tu te trouverais là » avait murmuré une voix qui le détourna de son plaisir honteux et simple. Sans déplacer les pupilles jusqu'à la nouvelle préciosité, un sourire coupable se dessina sur ses lèvres, fines muqueuses striées de canaux que la température agressait. « J'en profite encore un peu. Il faudra attendre plusieurs mois avant d'y assister de nouveau ». Sa menotte réchauffée se déploya, ouvrant un pan du plaid pour laisser entrer et la brise et le corps frêle de Perle de Béziade dont les deux modestes mains lui servaient de couverture. Là, tout prêt de lui, il l'avait laissée s'installer, refermant son cocon protecteur sur son genou réchauffé de collants chair. Et puis, il attendit, cinq, dix, vingt secondes, les yeux rivés sur le paysage céleste dont les couleurs tendaient progressivement vers le cobalt. Un instant, il oublia même sa présence, reposant malgré tout sa tête contre ses cheveux au doux parfum de mûre, caressant de sa tempe presque dénudée par le temps un cuir doucereux délicatement cuivré. « J'aimerais être un contemplateur : Car les choses et l’être ont un grand dialogue. Tout parle, l’air qui passe et l’alcyon qui vogue, Le brin d’herbe, la fleur, le germe, l’élément. T’imaginais-tu donc l’univers autrement ? » Ses lèvres se perdaient dans des vers qu'il avait appris par cœur, tel un psaume qui ferait de son admiration sa religion. Victor Hugo disait vrai : 'tout est une voix et tout est un parfum ; Tout dit dans l’infini quelque chose à quelqu’un'. Là, à des milliards de kilomètres de lui, il trouvait son bonheur, aussi bien qu'à quelques millimètres de son visage. L'infiniment grand et le ridiculement petit.
Il s'était plongé dans l'arithmancie et dans l'astronomie avec passion convaincu au fond de lui qu'il réussirait à marier les deux, le physique et le métaphysique. Il souhaitait en comprendre les rouages pour finalement les maîtriser et les observer s'entremêler sans forcément les contrôler. Un contemplateur, voilà ce qu'il était. Sa recherche l'avait amené à parler chiffres comme une machine électronique vidée de sentiments. Tout devenait explicable et presque prévisible, de la prochaine grande guerre à la future histoire d'amour. Il n'y avait qu'à savoir compter. Longtemps, il s'était avoué trop sensible, une bulle de nerfs maladroite dont les sentiments guidaient les actions. A vingt ans néanmoins, il s'était mis à penser différemment ; la réflexion et les actions tragiques du monde réglerait le reste de sa vie. S'il s'était cru à un instant souverain de son avenir, il s'était très vite rendu compte qu'il n'était rien, ou sinon un modeste pion sur un échiquier géant que les étoiles et les nombres faisaient tourner en bourrique. Il avait accepté son sort, s'était soumis à leur volonté pour devenir leur esclave. La vie n'était qu'une triste tragédie dont il fallait accepter tristement les péripéties et les dénouements.
Perle blottie contre son épaule, à observer également le spectacle de l'humanité qui se jouait devant leurs yeux, il ne put s'empêcher de penser que la pièce qui leur était destinée à jouer commençait bien. « Je suis content que tu sois là » avait-il murmuré, souffle cassé d'une voix quasi absente de respecter à ce point le silence. Ses yeux dévièrent vers la divine créature aux cheveux cuivrés par le crépuscule du jour, un bref instant, assez pour qu'il se dise que certaines choses méritaient vraiment d'être contemplées, aussi petites étaient elle. Plus que les astres, les nombres et l'infini ? Il n'aurait su le dire.


Ses doigts s'étaient faufilé entre les siens, phalanges contre phalanges, paume contre paume, alors que la belle venait de s'endormir contre son épaule, laissant ses cheveux former un rideau blond devant son visage nacré. Perle. L'enfant qu'elle était allait devenir femme, princesse même d'un rocher qui ne lui appartenait pas. A ce moment, dans cette calèche tirée par deux chevaux, il aurait pu s'imaginer souverain de conte pour enfants. Mais les contes, s'ils étaient écrits pour elle, ne l'était sûrement pas pour lui. Quelques semaines auparavant, Léonardo s'était précipité dans le cabinet des livres pour lui porter la bonne nouvelle : Son père avait arrangé leurs fiançailles. Un instant, il n'avait pas compris, fronçant exagérément les sourcils comme on lui avait appris à faire petit. Son ami avait répété, répété, répété jusqu'à ce que la réalité lui parvienne enfin : Perle allait se fiancer, sa Perle allait se fiancer. Si le vide s'était approprié son visage, reproduisant sur ses traits les terres arides du désert, sa bouche avait finalement murmuré un « félicitations » lointain que lui-même ne pensait sûrement pas. Il l'avait donc accompagnée pour cette semaine de vacances à Monaco, moment du drame tant redouté. Dans ce cœur rempli de jalousie et de désespoir, il s'était senti obligé d'être là, pour elle, au moins, comme ami, quitte à être saoulé d'un bonheur qui ne serait pas le sien. Demain les familles annonceraient la grande nouvelle. Demain, ce serait son jour, duquel il s'éloignerait cependant volontairement afin de faire le deuil de ses espérances.
« Perle? » Après avoir frappé contre le panneau boisé de la porte, Lambert entra dans la chambre de son amie et resta un instant coi et immobile. A ce moment précis, de la voir vêtue de cette robe crème qui ruisselait jusqu'à ses genoux tout en retraçant parfaitement la finesse de sa taille, il aurait voulu s'adosser contre un mur et la regarder tourbillonner, encore et à jamais, comme dans une valse hivernale de flocons de neige. « Qu'est-ce que cette tête, mon Lambert ? » Avait-elle dit en s'approchant, mutine, de son corps mourant de ne pouvoir dignement lui signifier la perfection de son être. D'un geste maladroit, il se redressa, les mains glacées déjà par la mort prochaine de son âme et se planta vers la porte. « On descend pour aller...souper » Une ébauche de sourire, bientôt couverte par l'appréhension du dit dîner. Quand ils remonteraient dans cette chambre, elle saurait et tout ce qui restait de leur jeu naïf disparaîtrait, comme la possibilité de lui avouer un jour... « Perle, attends ! » La robe allait passer la porte lorsque ses doigts s'accrochèrent à la douceur de sa peau, serrant son avant-bras de désespoir. Là, dressé au dessus d'elle, fiancé imaginaire dont le droit de se montrer amoureux ne lui était plus interdit, il coucha ses lèvres sur les siennes, les enlaçant maladivement d'une tendresse dont il avait été trop longtemps prisonnier, couvrant chaque morceau de chair d'une passion urgente et nécessaire. Quelques secondes, tout juste, le résumé d'une vie qu'il essayait tant bien que mal d'imprimer sur la pêche de ses muqueuses. Brutalement, le temps s'étant écoulé et lui interdisant d'offrir à son tour une seule marque des mêmes sentiments, il s'arracha d'elle, déposa ses billes argentées dans les siennes et, après un baiser abandonné furtivement et passionnément entre ses sourcils bruns, murmura, grave « Je te supplie de me pardonner, ma Perle » avant de prendre sa main et de l'entraîner sans ménagement, le sang pulsant encore dans son cerveau à lui faire exploser le crâne, au rez-de-chaussée. Maintenant elle savait.

Le soleil s'était paré de ses plus beaux rayons afin d'accueillir, une année de plus, les élèves à  l'école de Beauxbâtons, malgré que le paysage politique se couvrait progressivement d'épais nuage. Lambert avait suivi la météo sans pointer une seule fois le nez dehors. S'il recevait des informations, lui n'en donnât pas, à personne, préférant hiberner le temps d'un été bien trop sévère. Qu'était-elle devenue ? Qu'étaient-ils devenus ? Courraient-ils en maillot de bain sur les plages immaculée du rocher ? Creusaient-ils à l'aide de seaux et de pelles les prémices de leur vie future ? Le jeune homme n'en savait rien et osait même dire s'en ficher à une mère bien trop intelligente pour le croire. Il avait donc dévié son attention sur le poste de radio, écoutant jour après jour les nobles monter aux créneaux de la politique afin de reprendre le pouvoir. Une farce, une simple farce qui prendrait fin une fois la sécurité rétablie. Mouais. Lambert n'en croyait rien, surtout lorsque tonnait la voix puissante d'un père fier qui aurait ressorti sa couronne de roi s'il en avait eu une. Lui qui s'était illustré dans les arts du commerce se retrouvait à présent dans le système politique, personnalité pistonnée par la couleur de son sang. Comble du comble, un décret les contraignait d'enfermer dans des objets sympathiques et de valeur leurs compagnons de fortune. A cette nouvelle, Hypsenor avait grincé des dents et lancé d'un ton railleur que les sorciers n'étaient de toute manière bon qu'à ça, une façon d'énerver un peu plus son propriétaire. Si la dague au pommeau de cuir devint sa prison, Lambert se promit de ne jamais l'y enfermer durablement.
De sa démarche nonchalante et les mains dans les poches au lieu de dans le dos, le jeune homme de BRIO traversa la terrasse qui le mènerait assurément au château de Beauxbâtons. Bien que l'uniforme soit adéquat, ses cheveux se dressaient en épis imparfaits qu'il déboussolait en y faisant couler ses doigts nerveux. Sa mâchoire était serrée, conséquence d'une dégustation massive de café et de cigarettes moldues le temps des vacances. Et ses yeux, éternellement gris, baillaient de sommeil sous des poches bleutées qui lui faisaient perdre au moins dix points de sex-appeal. La Monarchie était de retour, son amour était parti, et la vie continuait. Vie cruelle et décevante. Peut-être lui faudrait-il changer les mœurs traditionalistes et le régime politique pour que le sourire lui revienne. Une chevelure dorée à l'horizon. Un inavouable et honteux frémissement de lèvres.

Djinn Jinxed
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MessageSujet: Re: [Lambert] Elle fait des bulles de savon telle une anzyme chassant le spleen   Mer 14 Oct - 15:44


Contemplateur stellaire, les phalanges trop prudentes pour en esquisser les rondeurs célestes, se contentant de témoigner l’affection d’un iris considérant la peau lactée de l’être aimé, le cœur en météorite, les poumons douloureux d’inspirer le vide, se remplissant d’espace pour mieux s’en distancer. Te voilà déjà en révolution, planète, n’es-tu pas une parcelle de cosmos à toi seul, un univers unique pouvant encore choisir ses satellites ? Tu es pourtant là à attendre, un signe, que tombent des lueurs, filantes comme le temps, en oubliant que celles-ci sont déjà mortes. Pourtant, elles demeurent l'espoir rare mais radieux d'un baiser entre la terre et les cieux. Je t'ai fait de la prose et tout Sem
Veuillez recevoir nos plus sincères félicitations pour votre sélection parmi les  HIEMES ! Vous voici à présent un(e) sorcier-ière à part entière de cette prestigieuse Académie et en tant que tel(le), nous vous invitons à transmettre et vérifier vos données personnelles dans les différents registres des listings. Cette section vous offrira également la possibilité de déposer des candidatures afin d'espérer décrocher un poste à responsabilité parmi les Maîtres et Délégués au sein de cet établissement ou encore de vous faire connaître de ses résidents en tant que joueur de Polo ailé. A savoir qu'il est toutefois toujours plus judicieux de participer quelque peu à la vie scolaire avant d'en faire la demande. Si cette fiche n'est pas la première, merci de bien vouloir référencer votre double compte en remplissant ce parchemin de votre plus belle plume. Avant de débuter le Rôle Play, n'hésitez pas à vous référer aux Points Cardinaux pour y inaugurer au Nord une Fiche de Personnage rassemblant à la fois les différents liens à nouer au cours de cette scolarité ainsi qu'une liste des récits qui en ponctueront l'aventure. L'Ouest regroupe les Bulletins des étudiants et la respectabilité des enseignants qui sont à consulter et compléter. Toutes les demandes et requêtes particulières seront à formuler à l'Est. Le Sud, quant à lui, vous informera sur toutes les spécificités que les points de vote et de RP ont à offrir dans le jeu. Sur ces quelques mots, il ne vous reste à présent plus qu'à explorer cette majestueuse bâtisse pour que la magie puisse opérer !
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[Lambert] Elle fait des bulles de savon telle une anzyme chassant le spleen

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